Ric Hochet, invité d’honneur du 17e Festival BD
Ric Hochet, invité d’honneur du 17e Festival BD

On vous l’avait dit il y a un an, dans le numéro de février 2020 de l’Infoscope, les héros ne meurent jamais ! La preuve, Ric Hochet est toujours dans la course pour être l’égérie de notre 17e festival BD de Puteaux qui aura lieu les 29 et 30 mai ! La Covid 19 n’aura pas eu raison d’un des plus grands héros de la BD franco-belge qui connaît une renaissance grâce aux crayons de Simon Van Liemt, auteur de l’affiche du Festival que nous vous laissons admirer !

Pari risqué et osé de ressusciter des mastodons de la BD franco-belge, pourtant le scénariste Zidrou et le dessinateur Van Liemt ont réussi haut le crayon ! Le duo manie nostalgie, cynisme et second degré avec une maîtrise incroyable ! Ils livrent une vision respectueuse de la tradition tout en bousculant les codes avec langage contemporain ! Une réussite que nous compte Simon Van Liemt, dessinateur de l’affiche de la 17e édition du Festival BD de Puteaux.

 

Infoscope : Avant de travailler sur la reprise de Ric Hochet, vous aviez déjà sollicité Zidrou. Pourquoi souhaitiez-vous travailler avec lui particulièrement ?

Simon Van Liemt : C’est avant tout son côté atypique. Il possède un langage bien à lui, un univers très personnel, une sensibilité particulière. Il prend des risques et n’a pas peur de transgresser les règles établies. Bien qu’il soit issu du classique, de la BD franco-belge, c’est ce qui lui a permis de gagner sa vie, Zidrou a pu s’épanouir grâce à ses one shot où son style personnel émerge. Sa singularité m’a donné envie de travailler avec lui. Je l’ai rencontré au Festival BD d’Angoulême et il m’a félicité sur mon travail et ça m’a rassuré sur la possibilité qu’on puisse collaborer sur un futur projet dans de bonnes conditions.

 

Infoscope : Que représente pour vous Ric Hochet ?

SVL : C’est un personnage qui fait partie du patrimoine de la BD franco-belge. Il existe 78 tomes réalisés par les mêmes auteurs ! C’est assez incroyable. Mais c’est une série qui s’est un peu perdue au fil du temps. Il est vrai que je n’avais jamais lu Ric Hochet avant de travailler sur la reprise de la série. Mais, plus je le découvre, plus je suis attaché à ce personnage. Il a beaucoup d’humour mais il est aussi très droit et immaculé. Je comprends aussi toute la cohérence et toute la richesse de de son univers. D’ailleurs les personnages secondaires, très loufoques, représentent bien l’esprit de la BD franco-belge. Le tour de force de Zidrou a été de réussir à transcender, à enrichir encore plus ces caractères et à leur donner une place prépondérante. Maintenant le challenge est de porter Ric Hochet encore plus loin et rendre honneur à ses créateurs, Tibet et Duchâteau.

 

Infoscope : Pensez-vous que ne pas avoir lu Ric Hochet dans votre jeunesse est un avantage ?

SVL : Oui je pense. Comme Ric Hochet n’était pas sacré pour moi, la réappropriation du personnage a peut-être été plus simple. D’autant que le tome 1 n’était pas destiné à être une reprise, donc on avait quartier libre pour en faire quelque chose de très personnel. Tout ça m’a permis de rentrer dans l’univers de Ric Hochet, peut-être plus en douceur que si j’avais été un lecteur assidu.

 

Infoscope : Le Tome 1 n’était pas destiné à avoir une suite. Comment avez-vous vécu la reprise ?

SVL : Le Tome 2 fut beaucoup plus difficile à réaliser surtout après avoir lu les retours de certains lecteurs qui s’offusquaient de ce que l’on avait proposé avec le tome 1. Offusquer est peut-être un grand mot mais c’était très partagé. Des gens ont adoré, d’autres ont détesté. C’est là que j’ai commencé à cogiter. Je me suis donc penché un peu plus sur le travail de Tibet. Afin de me réapproprier le dessin tout en gardant ma patte, j’ai repris sur un calque les visages de chaque personnage afin de les retourner et  de les regarder sous toutes les coutures dans le but de comprendre les petits détails qui font toute la saveur du personnage, notamment Ricochet. Ce qui n’est pas évident car Ric Hochet est un personnage assez lisse. Ce sont des petits détails qui font sa singularité. Sa façon de bouger, ses expressions… Autre difficulté à surmonter pour moi est la facilité qu’avait Tibet de passer de la comédie au drame tout en gardant le même trait. Cet équilibre est très difficile à préserver.

 

Infoscope : Comment avez-vous modernisé le propos ?

SVL : Zidrou a beaucoup fait pour enrichir les personnages secondaires, notamment Nadine qui est la plus développée dans la reprise. Nous souhaitons lui donner une place importante dans les enquêtes, et entretenir le jeu entre elle et Ric Hochet, qui était sous-jacent dans la série originale. Il arrivait à Nadine d’enquêter aussi, mais depuis la reprise, elle omniprésente dans les nouveaux tomes. Elle symbolise la jeunesse des années 60 avec tous les bouleversements provoqués par les événements de mai 68 ! Alors que Ric Hochet représente un esprit plus conservateur. Du coup, leur jeu n’a que plus de saveur. De mon côté, je tente de moderniser la narration. Malgré le talent de Tibet, la narration a vieilli. Il était intéressant de moderniser la narration tout en restant assez modérer. J’ai fluidifié et aéré la narration, les pages sont moins monolithiques qu’elles pouvaient l’être à l’époque avec 12 ou 14 cases dans la page, saturée de textes… Donc on aère, on dynamise, on réalise des plans plus tonique pour amener cette modernité tout en gardant en tête qu’on est dans les années 60 ! C’est tout un équilibre à trouver et je suis toujours en quête, c’est tout ce qui fait la magie de cette aventure.

 

Infoscope : Se plonger dans les années 60 n’est pas un exercice compliqué ?

SVL : C’est passionnant ! C’est un exercice qui demande énormément de travail de recherche. Le moindre objet, la moindre voiture, tout doit être crédible, c’est un travail d’historien. Zidrou en joue d’ailleurs dans l’album. Il se permet beaucoup de choses et se sert de son recul. Il traite l’actualité des années 60 avec son regard contemporain. C’est peut-être ça qui fait la modernité de cette nouvelle série.

 

Infoscope : Comment voyez-vous le futur ?

SVL : Je suis toujours en recherche ! Je me demande ce que l’on pourrait essayer de faire. Dans le Tome 4, j’ai demandé à Zidrou d’ajouter plus de cases pour un résultat plus classique c’est-à-dire un format avec quatre strips, afin d’offrir un aspect très « sixty » aux albums. Chaque nouveau tome m’ouvre à une remise en question. Et ces questionnement m’aident à avancer. Et comme on le dit : «  Il n’y a pas d’œuvre ultime ».

 

Infoscope : Quel a été le retour des lecteurs ? Comment le vivez-vous ? 

SVL : Les gens sont très contents, du moins en festival ! Mais je vois bien sur Internet que les lecteurs de la première heure trouvent que la reprise n’est pas à la hauteur de leurs espérances. C’est normal. Je pense aussi que les lecteurs d’origine ont une vision sacré du personnage, une vision d’enfance donc une vision fantasmée. C’est très difficile de satisfaire la nostalgie de ces personnes. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui m’encouragent. Ils ont envie de voir un Ric Hochet plus moderne. Et Zidrou et moi-même avons envie aussi d’offrir une vision d’auteur et d’apporter notre pierre à l’édifice. Les gens sont bien conscients que ce serait inutile de faire un 79e tome. La série avait besoin d’une nouvelle direction pour mériter de nouveaux albums.

 

Infoscope : Avez-vous gagné un nouveau public ?

SVL : Petit à petit. Nous avons de nouveaux lecteurs ! Un enfant m’a dit : « je suis un lecteur de la première saison ». C’est le langage d’aujourd’hui ! C’est sympa de toucher à tous les âges.

 

Infoscope : Et l’affiche festival de BD de Puteaux ?

SVL : C’est un super exercice ! C’est ma deuxième affiche, j’ai réalisé celle du festival de Chaville. J’apprécie encore plus d’autant que nous n’avons pas souvent l’occasion de dessiner des illustrations grand format, à part pour des couvertures ou des dessins de presse. C’est un format qui nécessite plus d’amplitude, c’est très agréable.

 

 

Les nouvelles aventures de Ric Hochet
Scénario : Zidrou / Dessin : Simon Van Liemt
Éditions Le Lombard

 

 

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